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Actualités • 4 novembre 2026

DAVID N’A PAS DIT SON DERNIER MOT !

DAVID N’A PAS DIT SON DERNIER MOT !   Tiens, tiens… Et si le vent était en train de tourner ?

Depuis des années, on nous annonce une vague nationaliste irrésistible. Des hommes forts, des frontières, des murs, des discours de haine : l’extrême droite serait devenue l’horizon indépassable de nos démocraties. Et voilà que les géants vacillent !

Aux États-Unis, Donald Trump vient de recevoir une magistrale gifle électorale : les démocrates reprennent les deux chambres du Congrès. Au Brésil, Lula vient de battre Flávio Bolsonaro, fils et héritier politique de l’ancien président. En Hongrie, Viktor Orbán a été congédié après seize années de pouvoir.

Certes, son successeur n’est pas un homme de gauche, mais les électeurs ont mis fin à un système qui semblait indéboulonnable. En Serbie, deux années de mobilisation étudiante, rejointes par des milliers de citoyens, ont conduit à la victoire parlementaire d’un mouvement populaire face au système Vučić. Et en Israël, Netanyahou a perdu la majorité parlementaire de son bloc. Il n’a pas encore perdu le pouvoir, mais sa reconduction dépend désormais de nouvelles alliances.

Bien sûr, ne vendons pas la peau des Goliath avant de les avoir renversés. Trump reste président, le bolsonarisme conserve des millions d’électeurs et les nationalismes n’ont pas disparu. Pourtant, une évidence ressurgit : aucun pouvoir n’est éternel.

Et cela me rappelle une vieille histoire, celle de David et Goliath. Le géant possédait l’armure, l’épée, la puissance et cette arrogance particulière de ceux qui pensent avoir gagné avant même le combat.

David, lui, n’avait qu’une fronde. Aujourd’hui, les Goliath possèdent parfois des fortunes colossales, des empires médiatiques, des plateformes numériques et des réseaux d’influence capables de peser sur les opinions comme sur les décisions politiques. Ils disposent d’une puissance financière considérable pour imposer leurs thèmes, orienter les débats et présenter comme inévitables des choix économiques qui favorisent les détenteurs du capital.

Et justement, regardons un instant du côté de notre Rassemblement national. Car ses relations avec la galaxie trumpiste sont loin d’être anecdotiques. Souvenons-nous : Steve Bannon, ancien stratège de Trump, était accueilli au congrès du Front national dès 2018. Louis Aliot assistait à l’investiture du président américain en janvier 2025. Jordan Bardella faisait le voyage jusqu’à Washington pour rejoindre la grand-messe conservatrice américaine, avant de renoncer à son discours après un geste de Steve Bannon qu’il avait lui-même assimilé à un salut nazi. Des représentants des réseaux européens du RN ont également participé à des rencontres organisées par des structures proches du trumpisme et de Viktor Orbán. Communication, stratégie, bataille culturelle : ces rapprochements dépassent les simples politesses diplomatiques. Ils témoignent de convergences idéologiques et de la volonté de construire des réseaux politiques internationaux.

Mais l’histoire devient franchement savoureuse lorsqu’on observe les soutiens dont bénéficie Marine Le Pen.

Lorsqu’elle fut condamnée par la justice française en 2025, Donald Trump, son vice-président J. D. Vance et Elon Musk s’empressèrent de la défendre. Et en juillet 2026, le milliardaire propriétaire de X présentait encore Marine Le Pen comme le dernier espoir de la France. Rien que cela ! L’un des hommes les plus riches de la planète, à la tête d’un empire industriel et numérique mondial, se découvre donc une sollicitude particulière pour les Français modestes que le RN prétend représenter.

C’est touchant, cette solidarité entre petites gens ! Attention, toutefois : ces soutiens publics ne démontrent ni financement direct du RN par ces milliardaires ni manipulation avérée des algorithmes à son profit. Mais ils posent une question essentielle : pourquoi un parti qui prétend combattre les élites mondialisées suscite-t-il un tel intérêt chez certaines de leurs figures les plus puissantes ?

Certes, depuis le début de l’année 2026, Marine Le Pen et Jordan Bardella prennent leurs distances avec certaines politiques de Trump. Ses menaces commerciales, ses ambitions territoriales et sa politique internationale sont devenues particulièrement embarrassantes pour ceux qui prétendent défendre la souveraineté des nations. Faut-il y voir une profonde conversion politique ?

On peut aussi y lire un opportunisme électoral assez classique : lorsque le vent tourne, mieux vaut ajuster les voiles que sombrer avec le capitaine. Il est d’ailleurs révélateur que ces premières critiques n’aient pas empêché Elon Musk de réaffirmer son soutien à Marine Le Pen quelques mois plus tard.

Quand un modèle politique devient encombrant, prendre ses distances avec lui ne signifie pas nécessairement renoncer à ses idées. Les rapprochements entretenus et les soutiens reçus ne disparaissent pas simplement parce qu’on change de discours.

Et derrière les proclamations souverainistes demeure une contradiction : comment prétendre défendre l’indépendance politique des Français tout en entretenant de telles relations avec des réseaux d’influence étrangers ?

Cette contradiction conduit à une interrogation plus fondamentale. Pendant que les nationalistes désignent les immigrés, les étrangers ou les supposés ennemis de l’identité nationale comme responsables des difficultés du pays, que deviennent les véritables questions économiques et sociales ? Qui possède les richesses ? Qui contrôle les moyens de production et d’information ?

Qui décide de leur répartition ? Et qui supporte les conséquences des politiques menées ? Il ne suffit pas de dénoncer les élites pour remettre en cause leurs privilèges. Encore faut-il proposer une transformation réelle des mécanismes qui produisent les inégalités.

Or les colères populaires peuvent être orientées vers des boucs émissaires plutôt que vers les rapports de pouvoir qui contribuent à entretenir ces inégalités. Voilà pourquoi les relations entre le RN et certains milieux conservateurs fortunés méritent d’être examinées au-delà des discours et des apparences.

Revenons alors à David.

Car David, ce ne sont pas nécessairement les partis politiques, qui disposent eux aussi de puissants soutiens financiers. Ce sont les étudiants serbes qui refusent de se taire, les citoyens brésiliens qui se mobilisent, les électeurs américains qui sanctionnent leur président, les associations, les syndicats, les enseignants, les artistes et tous ceux qui continuent obstinément à défendre la démocratie et la justice sociale. David, c’est le collectif lorsqu’il cesse de se croire impuissant.

Ces victoires ne signifient pas que les forces nationalistes ont été définitivement vaincues. Elles démontrent simplement que leur progression n’a rien d’une fatalité et qu’aucun appareil politique, aussi puissant soit-il, ne peut prétendre disposer éternellement de la volonté populaire.

Et chez nous ? La France s’approche de l’élection présidentielle de 2027. Le Rassemblement national prospère sur de véritables souffrances sociales, sur les abandons, les humiliations et les promesses non tenues. Mais ces souffrances appellent-elles davantage de boucs émissaires ou davantage de justice ?

Pour lui opposer une véritable alternative, il ne suffira pas de dénoncer ses contradictions ni de rappeler les dangers de son programme. Il faudra répondre concrètement aux attentes populaires : des salaires dignes, des services publics solides, une fiscalité plus équitable, une école qui émancipe, une santé accessible, une démocratie qui redonne réellement la parole aux citoyens.

Il faudra aussi que les forces humanistes, sociales, écologistes et démocratiques retrouvent le sens du collectif, trop souvent sacrifié sur l’autel des ambitions personnelles et des querelles partisanes. On ne fait pas reculer le désespoir en lui donnant des leçons. On le fait reculer en redonnant des raisons d’espérer.

De Washington à Brasília, de Budapest à Belgrade, les événements récents nous rappellent qu’aucune domination politique n’est irréversible. La démocratie conserve une arme redoutable : des citoyens capables de penser, de s’organiser et d’agir ensemble. Dans la vieille histoire, David n’avait pas besoin de devenir aussi gros que Goliath pour le vaincre. Il lui fallait simplement viser juste.

Et si, en France aussi, nous apprenions enfin à viser juste ? Parce qu’après tout, même une immense baudruche reste une baudruche. Et parfois, une toute petite pointe suffit à rappeler qu’elle était surtout remplie d’air.

 Par GUY CALMES