Actualités • 24 octobre 2026
AU SECOURS, ILS APPLIQUENT LEUR PROGRAMME !

AU SECOURS, ILS APPLIQUENT LEUR PROGRAMME !
Chronique d’une catastrophe annoncée qui pourrait bien améliorer la vie des Français.
Depuis 2018, la France semble avoir développé une étrange conception du dialogue démocratique : on invite les citoyens à s’exprimer, on recueille leurs propositions, on salue leur engagement… puis on poursuit sensiblement la même politique.
Les Gilets jaunes ont ainsi donné naissance à des milliers de cahiers de doléances, suivis du Grand débat national. Beaucoup de paroles, de réunions et de contributions, mais sans véritable changement de cap. Puis vint la Convention citoyenne pour le climat : 150 citoyens, 149 propositions, dont certaines furent appliquées, d’autres édulcorées ou abandonnées. La démocratie participative semblait parfois se résumer à un exercice assez singulier : écouter attentivement les citoyens, sans nécessairement les suivre.
En 2023, des millions de Français manifestent contre le recul de l’âge de la retraite de 62 à 64 ans. Malgré cette mobilisation massive et l’unité syndicale, la réforme est imposée avec le recours au 49.3. Sa suspension partielle jusqu’en 2028 ne rétablit évidemment pas la retraite à 60 ans.
En 2022, puis en 2024, les élections législatives privent successivement le camp présidentiel de sa majorité absolue et réduisent considérablement sa représentation. Pourtant, les orientations politiques fondamentales perdurent. Manifestement, perdre sa majorité ne signifie pas nécessairement accepter de changer de politique.
Octobre 2026 offre une nouvelle illustration de cette défiance démocratique. Face à la mobilisation lycéenne et étudiante, le gouvernement propose notamment une consultation sur Internet. Dans le même temps, près de 6 900 gardes à vue sont recensées dès le 9 octobre, dont 86 % concernent des mineurs.
Les journées des 17 et 18 octobre sont marquées par des violences, des dégradations et des pillages condamnables, mais également par des interventions policières contestées, donnant lieu à plusieurs enquêtes de l’IGPN. Les casseurs desservent les revendications ; les violences policières présumées exigent, elles aussi, des réponses judiciaires. Quant aux jeunes qui réclament davantage de moyens et de considération, on leur propose de remplir un questionnaire. À croire que la République manquerait moins de plateformes numériques que de volonté politique.
À force de consultations sans changements jugés suffisants, de mobilisations ignorées et de résultats électoraux sans véritable inflexion politique, une question finit par s’imposer : à quoi sert de donner la parole au peuple si ses aspirations ne modifient pas les décisions ?
Alors, imaginons une autre histoire.
Nous sommes en 2027. Une majorité politique est élue sur un programme de transformation sociale, écologique et démocratique : L’Avenir en commun.
Et, fait suffisamment inhabituel pour susciter une certaine inquiétude dans les milieux dirigeants, elle entreprend de l’appliquer.
Sur les plateaux de télévision, quelques éditorialistes annoncent immédiatement l’effondrement de l’économie, la fuite des investisseurs et probablement la disparition prochaine du camembert au lait cru.
Au MEDEF, on se prépare à une épreuve historique : expliquer aux actionnaires qu’ils pourraient devoir partager un peu davantage les richesses produites par les salariés.
Le SMIC est porté à 1 700 euros net. Pour les travailleurs les moins rémunérés, c’est une augmentation concrète du revenu disponible. Le blocage des prix de certains produits de première nécessité est engagé, avec les mécanismes de contrôle et de compensation indispensables pour ne pas fragiliser les producteurs.
L’objectif est simple : empêcher que les augmentations de salaires soient immédiatement absorbées par celles des dépenses contraintes. Les familles les plus modestes pourraient retrouver quelques marges de manœuvre. On imagine l’effroi : des salariés capables de remplir leur réfrigérateur sans calculer le prix de chaque yaourt.
La réforme des retraites est remise en chantier pour restaurer progressivement le droit au départ à 60 ans après 40 annuités.
Un projet qui suppose des recettes supplémentaires, une évolution des cotisations et une réflexion sur le partage des gains de productivité. Mais une question reprend sa place : combien d’années de vie en bonne santé voulons-nous laisser à celles et ceux qui travaillent ? Il se pourrait qu’un maçon ou une aide-soignante n’apprécient pas exactement les bienfaits du travail prolongé avec le même enthousiasme qu’un éditorialiste assis dans un fauteuil de studio.
Dans les hôpitaux, on engage des recrutements, on revalorise les personnels et on investit dans les établissements publics. Les résultats ne sont pas immédiats : former des professionnels et reconstruire un service public demandent du temps. Mais l’objectif change. La santé redevient un droit à garantir, non une dépense à réduire perpétuellement.
À l’école, on recrute des enseignants, on renforce leur formation et l’accompagnement des élèves, on améliore les conditions d’apprentissage. Une refonte de l’accès à l’enseignement supérieur remplace progressivement Parcoursup, à condition de créer les places nécessaires. La jeunesse ne se voit plus seulement proposer de déposer ses difficultés sur une plateforme : elle bénéficie de décisions budgétaires destinées à y répondre.
Le logement fait l’objet d’un programme de construction sociale, de rénovation thermique et de lutte contre l’habitat indigne. La planification écologique organise les investissements dans les transports collectifs, les énergies renouvelables, l’agriculture et la transformation industrielle. Les objectifs nécessitent plusieurs années, des compétences et des financements considérables. Mais la transition cesse de reposer principalement sur les sacrifices demandés aux ménages modestes pendant que les consommations les plus polluantes demeurent largement préservées.
La fiscalité connaît également une transformation importante : rétablissement d’un impôt sur les grandes fortunes, progressivité renforcée, lutte contre l’évasion fiscale et contribution accrue des revenus financiers. Les entreprises continuent de produire et d’investir, mais une part plus importante des richesses est recherchée pour financer les besoins collectifs. Quelques grandes fortunes pourraient menacer de s’expatrier. Ce risque devrait évidemment être anticipé. Mais il ne constitue pas, à lui seul, un argument suffisant pour renoncer à toute réforme fiscale.
Et comment financer tout cela ?
La question est parfaitement légitime. Le programme présente des propositions de recettes et de dépenses, mais ses hypothèses devraient être confrontées à l’évolution réelle de l’économie. Les investissements publics peuvent soutenir l’activité et l’emploi, sans garantir automatiquement les recettes attendues.
Il faudrait arbitrer, évaluer les résultats, négocier à l’échelle européenne et corriger les mesures qui ne fonctionneraient pas. Une politique de transformation crédible n’a pas besoin de prétendre que tout est facile. Elle doit expliquer comment elle entend surmonter les difficultés.
Mais le changement le plus profond pourrait être institutionnel. Avec l’engagement d’un processus constituant vers une VIe République, les citoyens seraient invités à redéfinir les règles du pouvoir politique : rôle du Parlement, contrôle des élus, référendums d’initiative citoyenne, participation aux décisions publiques.
Rien ne garantirait d’avance l’issue du processus, qui devrait respecter les procédures démocratiques. Mais une autre conception de la souveraineté deviendrait possible : celle d’un peuple qui ne serait plus invité à s’exprimer uniquement pour découvrir ensuite que les décisions essentielles se prennent ailleurs.
Sur le plan international, une diplomatie indépendante, attachée au droit international et au non-alignement, chercherait à privilégier les solutions négociées aux conflits sans renoncer à défendre les États agressés ni à respecter les engagements internationaux de la France. Une orientation qui soulèverait nécessairement des débats, mais dont les objectifs ne sauraient être réduits à quelques caricatures géopolitiques.
Bien entendu, les oppositions continueraient de s’opposer, les médias de critiquer, les syndicats de revendiquer et les citoyens de manifester. Une démocratie vivante n’est pas celle où disparaissent les conflits, mais celle où les désaccords peuvent réellement peser sur les décisions.
Imaginons maintenant quelques années plus tard. Les riches seraient toujours riches, les entreprises toujours présentes, les églises toujours debout et personne n’aurait été contraint de remplacer son barbecue par une édition intégrale du Capital de Karl Marx. Les difficultés économiques n’auraient pas disparu et certaines réformes auraient probablement rencontré des obstacles imprévus.
Mais si une partie substantielle des objectifs était atteinte, davantage de Français pourraient vivre dignement de leur travail, accéder plus facilement aux soins, bénéficier d’une école mieux dotée, se loger correctement et disposer de temps pour eux-mêmes et leurs proches.
Ce ne serait pas le paradis. Ce serait un changement de priorités.
Et surtout, après tant de cahiers de doléances, de consultations citoyennes, de conventions, de manifestations et de scrutins électoraux dont les conséquences ont si souvent déçu les attentes, une perspective nouvelle pourrait émerger : celle d’une politique qui accepte de se laisser transformer par les aspirations populaires, plutôt que de chercher continuellement à les canaliser.
Car la vraie question n’est pas seulement de savoir combien coûterait une société plus juste. Elle est aussi de savoir combien nous coûte, humainement, socialement et économiquement, le maintien des inégalités et la dégradation des services collectifs.
Et si la véritable catastrophe, aux yeux de ceux qui annoncent régulièrement l’apocalypse sociale, était simplement que les Français commencent à constater qu’une autre politique est possible ?
Il resterait alors une ultime révolution à accomplir : ne plus considérer la parole du peuple comme une matière à archiver, mais comme une raison d’agir.
Pour prolonger cette réflexion, confronter nos idées et faire vivre le débat démocratique à La Seyne-sur-Mer, rejoignez notre groupe Facebook « Pour un front républicain seynois » : parce que la démocratie ne se résume pas à voter, elle se construit aussi ensemble, chaque jour !
#LAvenirEnCommun #JusticeSociale #Democratie #ServicesPublics #SixiemeRepublique
Par Guy CALMES


