Actualités • 5 octobre 2026
Lycéens et retraités : même combat ?

Lycéens et retraités : même combat ?
Les uns auraient l’insolence de réclamer un avenir. Les autres, l’indécence de vouloir vivre correctement après une vie de travail. Entre les deux, les actifs seraient priés de financer le tout en silence. Présentée ainsi, la société ressemble à une réunion de copropriété où chacun soupçonne son voisin de profiter de l’ascenseur.
Mais avant d’opposer les générations, posons une question : de quels jeunes et de quels retraités parlons-nous ?
La jeunesse n’est pas une classe sociale. Entre un lycéen dont la famille peut financer le logement, les études et quelques années d’hésitation, et celui qui renonce à une formation faute de moyens, le même âge ne crée pas les mêmes possibilités. Pour les uns, l’orientation consiste à choisir ; pour les autres, à éliminer ce qui coûtera trop cher. Aux côtés des lycéens, pensons aux apprentis, aux étudiants salariés, aux jeunes travailleurs précaires et à ceux qui ont déjà quitté les radars institutionnels.
La retraite n’est pas davantage une classe sociale. Une ancienne aide à domicile, locataire, avec une carrière morcelée, ne vit pas dans le même monde qu’un retraité cumulant pension élevée, patrimoine immobilier et revenus financiers.
Les retraités sont globalement moins exposés à la pauvreté que l’ensemble de la population : reconnaissons cette réussite de notre protection sociale, sans en déduire que chacun vieillit à l’abri du besoin.¹ Une moyenne ne paie le loyer de personne.
Lycéens et retraités : même combat ? Oui, si nous parlons d’une solidarité à construire, en reconnaissant leurs différences.
Chercher son autonomie et affronter la dépendance ne posent pas les mêmes problèmes. Mais disposer d’un logement abordable, de transports accessibles, de soins et de services publics solides constitue un intérêt commun. Pour ma part, je ne souhaite pas défendre ma retraite en sacrifiant l’école de mes enfants, ni défendre leur école en acceptant que d’autres vieillissent dans la pauvreté.
Pourquoi, d’ailleurs, nous arrêter à ces deux générations ? Entre le lycée et la retraite, il y a tous ceux dont le travail fait fonctionner le pays : ouvriers, employés, enseignants, soignants, personnels des collectivités, mais aussi professions intermédiaires et cadres dont l’équilibre dépend de deux salaires indispensables.
On peut gagner trop pour certaines aides et trop peu pour affronter sereinement une séparation, une maladie ou les études des enfants. À leurs côtés, les parents isolés, les chômeurs, les personnes handicapées et les aidants doivent pouvoir faire entendre leurs besoins et participer aux décisions.
Des artisans, des commerçants, des indépendants et des agriculteurs pourraient également rejoindre cette démarche. Leurs intérêts ne coïncident pas toujours avec ceux des salariés. Mais dépendre d’une plateforme, d’un donneur d’ordre ou d’un acheteur dominant ne donne pas le pouvoir d’une multinationale.
Des accords sont possibles sur la rémunération du travail, la protection sociale et l’accès aux services. Les plus favorisés peuvent aussi choisir la solidarité, à condition d’accepter un effort proportionné à leurs ressources. La fraternité devient moins convaincante lorsqu’elle s’arrête au seuil de sa propre déclaration fiscale.
La colère pourrait-elle nous réunir ? Elle existe, mais elle ne suffit pas. Dans une enquête Elabe publiée le 10 septembre 2026, 61 % des Français interrogés citent l’inquiétude pour décrire leur état d’esprit face à la situation du pays, 44 % l’exaspération et 40 % la colère. L’espoir n’est cité que par 11 %.² Ces réponses, qui peuvent se cumuler, décrivent un climat ; elles ne dessinent aucun programme commun.
On peut être en colère pour des raisons différentes et souhaiter des solutions opposées. Le mécontentement peut nourrir une exigence de justice, mais aussi la recherche d’un coupable immédiatement disponible. Entendre la difficulté de se loger, l’épuisement au travail ou le sentiment d’abandon est indispensable. Examiner leurs causes l’est tout autant. Nous ne rendrons aucun service à ceux qui souffrent en leur expliquant que leur salut dépend de l’exclusion de ceux qui souffrent à côté d’eux.
La présidentielle de 2027 sera un moment décisif pour donner une traduction démocratique à cette volonté de changement. Sanctionner un pouvoir est compréhensible. Encore faut-il examiner celui que l’on contribue à installer : quelles protections renforcera-t-il, à qui demandera-t-il des efforts, quelle place laissera-t-il aux libertés et à la contestation ? Un bulletin de vote engage aussi ce qui vient après la sanction.
Je souhaite que cette colère ouvre un avenir en commun, social, écologique et démocratique, fondé sur un meilleur partage des richesses et du pouvoir de décider. Le repli nationaliste, la hiérarchie entre les personnes selon leurs origines et la nostalgie autoritaire ne constituent pas, à mes yeux, un progrès. Le Rassemblement national n’échappe pas à cet examen parce qu’il se présente comme une alternative. La marche arrière reste une marche arrière, même repeinte en bleu-blanc-rouge.
Cette exigence oblige aussi la gauche sociale et écologique. Nous ne pouvons pas demander indéfiniment de voter contre un danger sans donner des raisons solides de voter pour un avenir. Il faut des engagements compréhensibles, des financements explicités et une pratique démocratique cohérente. Il faut surtout montrer comment la vie peut s’améliorer, en faisant passer cette responsabilité collective avant la compétition des ambitions personnelles.
Les objectifs sont concrets : permettre aux jeunes d’étudier et de se loger ; vivre dignement de son travail puis de sa retraite ; accéder aux soins ; accompagner le handicap et le grand âge ; renforcer l’école ; rendre la transition écologique accessible aux ménages modestes. Sans oublier la culture : lire, créer, chanter, découvrir et se rencontrer font pleinement partie d’une vie digne. Nous pouvons avoir une autre ambition que celle de mieux survivre.
Cette perspective se construit dès maintenant, dans les associations, les syndicats, les quartiers et les communes. Défendre une classe, une ligne de transport ou un lieu de soins nous apprend à agir ensemble, surtout lorsque le bénéfice immédiat ira à quelqu’un d’autre.
Une présidentielle peut donner une direction et des moyens ; elle ne remplace pas cette participation durable. Les jeunes doivent y prendre toute leur place, y compris les lycéens qui ne pourront pas encore voter en 2027. Leur absence de bulletin ne doit pas devenir une absence de voix, ni leur engagement nous dispenser de nos responsabilités.
Lycéens et retraités, même combat ? Il peut le devenir, avec bien d’autres, si nous transformons nos inquiétudes en exigences communes et nos exigences en décisions. Nous avons le droit d’être en colère. Nous avons surtout la responsabilité de décider ce que nous voulons en faire. En 2027, je souhaite que nous choisissions de bâtir un avenir dans lequel personne ne serait de trop.
- Et puisque cet avenir commun se construit aussi ici, à La Seyne-sur-Mer, je vous invite à rejoindre mon groupe « Pour un front républicain seynois ».
Faisons-en un lieu d’échange et de mobilisation pour défendre la solidarité, la justice sociale, l’écologie et les libertés. Nos désaccords peuvent nourrir le débat ; nos convictions communes doivent nous permettre d’agir.
Donnons à notre colère un débouché collectif, dès maintenant, dans notre ville.
Par Guy CALMES


